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02 novembre 2005
Rôle de la CSQ dans le développement d’une école juste, ouverte et démocratique au Québec
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Je suis particulièrement heureux de vous parler aujourd’hui de la participation des syndicats de l’éducation aux réformes de l’éducation car la CSQ a été de tous les grands débats qui ont mené à des réformes éducatives au Québec dans les quarante dernières années. Plus encore, la CSQ a su influencer les débats éducatifs au Québec dans le sens d’une école démocratique et plus citoyenne. Toutefois, avec la colonisation de l’éducation publique par l’idéologie néolibérale, nous devrons, dans les années qui viennent, redoubler d’ardeur si nous ne voulons pas perdre le combat pour l’égalité des chances en éducation et perdre de vue l’objectif de la réussite du plan grand nombre et la protection de ce trésor caché, comme le mentionne le Rapport Delors de l’UNESCO sur l’éducation au XXIe siècle. Permettez-moi de vous dire quelques mots sur notre organisation et le type de syndicalisme que nous pratiquons. Comme la plupart des organisations syndicales en éducation, la CSQ se caractérise à la fois par la défense des intérêts de ses membres et par la volonté de porter un projet de société et d’école. Dans ce rôle de mouvement social, la CSQ est fortement préoccupée par :
Préoccupée aussi par :
Au cours des quarante dernières années, ces préoccupations se sont traduites par une implication de la Centrale dans tous les grands enjeux éducatifs et par des actions qui ont pris des formes différentes selon les époques. Petit rappel sur le rôle de la Centrale dans les quarante dernières années Après la plus importante réforme éducative de son histoire au début des années 1960, pendant plusieurs années, la CEQ a produit des documents aux titres évocateurs comme L’École au service de la classe dominante (1972) ou encore le Manuel du 1er mai (1975) véritable document de pédagogie de la conscientisation. Dans cette période, l’analyse que fait la Centrale repose sur l’idée que les inégalités scolaires sont le résultat des inégalités sociales, et c’est sur ces dernières qu’il faut agir si l’on veut obtenir une école vraiment égalitaire. Pendant les années 1980, la Centrale ne démordra pas et sera de tous les grands dossiers en éducation, comme celui sur la douance, celui du financement public de l’école privée, celui de la laïcisation des écoles confessionnelles du Québec. C’est en 1992 que l’on peut retracer, à la Centrale, les premières demandes pour que soit tenue une commission d’enquête sur l’éducation, commission qui permettrait de soumettre des solutions au grave problème de la sous-diplomation des jeunes. Les États généraux sur l’éducation seront finalement mis sur pied par le gouvernement, en 1995, et un rapport sera produit en 1996. Dans l’ensemble, ce rapport reprenait les grandes valeurs et orientations défendues depuis longtemps par la CEQ. Cette commission parlera de l’importance de l’égalité des chances afin de faire réussir le plus grand nombre d’élèves possible. Ce qui mènera à une troisième réforme de l’éducation en quarante ans. L’accès, la réussite du plus grand nombre et l’égalité des chances La réforme de l’éducation, en place depuis 1997, comporte sept grands chantiers qui vont de la petite enfance à la consolidation de l’enseignement supérieur, en passant par la refonte complète des programmes scolaires. Cette réforme devait favoriser la réussite du plus grand nombre et assurer une plus grande égalité des chances pour tous les élèves, selon les vœux des États généraux. Nous avons cru, à ce moment, comme Centrale, à une réforme qui nous permettrait d’aller dans le sens souhaité par la très grande majorité des partenaires de l’éducation au Québec. Toutefois, après huit ans de réforme, nos espoirs sont déçus. Nous constatons que le gouvernement se désengage de plus en plus du financement public de l’éducation, ce qui résulte, notamment, en un effritement des services professionnels et de soutien nécessaires pour que les élèves en difficulté renouent avec la réussite. Parallèlement, ce même gouvernement finance encore, plus que partout ailleurs en Amérique du Nord, un réseau d’écoles privées dont l’accès est le plus souvent réservé aux mieux nantis. Ces écoles privées sélectionnent leurs élèves à l’entrée et n’ont pas l’obligation de recevoir tous les élèves comme c’est le cas pour les écoles publiques. Cela crée une compétition aussi malsaine qu’injustifiable. Cette concurrence est encouragée par un palmarès des écoles secondaires, publié à chaque mois d’octobre, dont l’information tronquée et fallacieuse contribue de toute évidence à creuser les écarts entre les écoles. Le réseau public a développé des écoles à vocation particulière ou à projets particuliers sélectifs afin de concurrencer le réseau privé sur son propre terrain. En conséquence, le caractère sélectif de l’éducation québécoise s’est accru fortement et l’égalité des chances s’en trouve grandement compromise. Faire face à l’implantation du modèle néolibéral en éducation En somme, depuis la mise en place de la réforme de l’éducation de 1997, le système d’éducation québécois a évolué dans le sens contraire à nos valeurs et à nos orientations. On constate dans les faits que cette réforme a été l’occasion pour le gouvernement de promouvoir un modèle néolibéral qui colonise de plus en plus l’éducation publique, s’accompagnant le plus souvent de mécanismes qui encouragent la ségrégation, la hiérarchisation et la compétition en lieu et place du vivre ensemble, de la solidarité et de la collaboration. C’est l’éducation comme droit, comme bien commun et comme service public qui est remise en question par la pénétration de ce modèle néolibéral. Comme syndicat de l’éducation, nous sommes très préoccupés et interpellés par ces mutations de l’école publique. L’année dernière, par exemple, nous avons consulté nos membres sur l’évaluation qu’ils faisaient de la mise en place de la réforme de l’éducation. Trois préoccupations majeures sont ressorties des données recueillies :
Dans ce contexte, la CSQ a le devoir de mettre tout en œuvre pour contrer l’implantation du modèle néolibéral en éducation. Elle doit donc avoir une position critique et ne peut refuser le combat. Mais, la Centrale a aussi le devoir de proposer une alternative à cette école néolibérale, à cette école à deux vitesses. Proposer un projet d’école démocratique La CSQ agit sur plusieurs fronts afin de favoriser le développement d’une école démocratique, juste et inclusive ayant comme objectif la réussite du plus grand nombre. J’aimerais vous parler du projet éducatif inspiré de la pédagogie de conscientisation que nous avons développé et qui me tient particulièrement à cœur, soit les Établissements verts Brundtland (EVB). Mis en place par la Centrale il y a plus de 10 ans, près de 1 000 écoles du Québec sur un total de 2 500 ont maintenant cette bannière. Il s’agit d’un établissement scolaire où l’on « agit localement tout en pensant globalement » qui porte un projet éducatif qui favorise un avenir viable en faisant la promotion d’un véritable développement durable. C’est donc un lieu où l’on pose des gestes concrets et constants afin de contribuer à créer un monde plus écologique, pacifique, démocratique et solidaire. C’est un établissement où l’on valorise l’engagement des jeunes et des adultes en faisant connaître et reconnaître socialement leurs réalisations et leurs actions, si petites soient-elles ! Concrètement, c’est un établissement où les jeunes et les adultes, personnel et direction, par leur engagement :
Voilà pour nous un moyen concret de mettre en pratique nos valeurs pour le développement d’une école et d’une société plus démocratique et plus juste et pour lequel, comme organisation syndicale, nous avons produit des outils pédagogiques et assumé nous-mêmes la formation du personnel de l’éducation pour faire le promotion de ce projet éducatif. En guise de conclusion Les défis qui attendent les syndicats de l’éducation dans les années qui viennent sont gigantesques. Non seulement faudra-t-il trouver des moyens de mobiliser les membres sur les enjeux éducatifs, mais il faudra également s’assurer que nous ne reculons pas sur les grands acquis démocratiques (comme l’égalité des chances) et que les jeunes qui entrent dans le métier puissent y perdurer. Je rappelle qu’au Québec, 20 % des nouvelles enseignantes et des nouveaux enseignants quittent le métier dans les cinq premières années. Dans les 80 % qui restent, le tiers serait en épuisement professionnel. L’intrusion toujours plus poussée du modèle néolibéral en éducation ne peut que nous inquiéter et nous faire craindre une désaffectation encore plus grande du personnel de l’éducation. Plusieurs facteurs pourraient nous mener à un cul-de-sac à ce chapitre si nous ne trouvons pas les moyens de renverser la vapeur, par exemple :
Nous avons réussi, au cours des quarante dernières années, à mettre à l’agenda politique l’idée qu’une école démocratique serve le plus grand nombre, qu’elle soit porteuse d’une plus grande égalité scolaire et, donc, productrice d’une plus grande égalité sociale et formatrice d’une véritable citoyenneté responsable. C’est ce leitmotiv qui habite encore aujourd’hui les membres, les militants et les élus politiques de la Centrale. Les choix que nous faisons pour l’école sont en même temps des choix sociaux. Le lien entre l’école publique et la société démocratique n’est pas le fruit du hasard. En choisissant l’inclusion plutôt que l’exclusion, c’est l’ensemble de la communauté scolaire qui est mis à contribution dans le développement d’une société démocratique. Comme syndicat de l’éducation, nous avons le devoir de porter de message. |







